Fabienne Bélotti, psychologue clinicienne, répond à nos questions sur la consultation à domicile

1. Fabienne, en qualité de psychologue tu as fait le choix d’aller à la rencontre de tes patients, peux-tu nous expliquer comment en es-tu venu à effectuer des consultations à domicile ?

Au cours de mon parcours professionnel, de 1995 jusqu’en 2011, j’ai travaillé comme psychologue salariée au sein d’une association et d’un service d’accompagnement de personnes en situation de handicap et de retour à domicile.

Je me suis déplacée au domicile de ces patients de manières ponctuelle ou régulière sur plusieurs mois ou années en fonction de la demande ou du projet mis en place car leur handicap limitait leur mobilité et ils ne pouvaient pas se déplacer en consultation extérieure.

J’ai travaillé surtout avec des personnes adultes vivant les suites de lésions cérébrales acquises (traumatisme crânien, AVC…) et des personnes âgées souffrant de maladie neurodégénérative comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA).

Mes interventions étaient essentiellement un soutien psychologique mais également un travail sur l’autonomie, les troubles du comportement, les émotions, la gestion de l’angoisse, l’impact de la maladie dans sa relation aux proches.

Parfois mes interventions étaient à leur demande, un soutien aux familles et proches souvent isolés et en situation d’épuisement.

Actuellement en exercice libéral, je me déplace encore ponctuellement à domicile à la demande et à la rencontre de patients souffrant de symptomatologie diverse.

2. Quelles sont, selon toi, les raisons pour lesquelles les patients en viennent à privilégier un suivi psychologique à domicile ? Quelles sont les problématiques que tu rencontres le plus dans ces consultations ?

Les problématiques que je rencontre régulièrement sont des problèmes de phobie sociale, la peur de sortir, d’affronter la rue, le regard de l’autre pour certains par le vécu du handicap et de l’isolement, la difficulté pour se déplacer bien-sûr, la difficulté de s’exprimer également et de devoir parler à une personne inconnue.

Pour se déplacer à une consultation, marcher ou se déplacer dans les rues à des heures très fréquentées par exemple, avec beaucoup de monde pose d’importants problèmes anxieux pour certaines personnes, comme traverser des lieux bruyants (un centre commercial en ville par exemple) où se trouve de la foule.

Le vécu d’un traumatisme peut être à l’origine d’une demande de consultation à domicile (une de mes interventions a été demandée par les parents auprès d’une adolescente avec son accord à la suite du décès, dans la nuit, d’une jeune fille handicapée que cette adolescente avait en garde).

Le stress scolaire peut contraindre aussi un adolescent à rester chez lui.

Ce type d’intervention auprès d’adolescents ou d’enfants, demande une formation en amont d’accompagnement des enfants ou des adolescents et est souvent en complément avec un suivi médical.

La dépression également avec un repli chez soi, des difficultés à se lever fait partie également des raisons pour lesquelles les patients en viennent à privilégier un suivi et soutien à domicile.

 

3. Comment procèdes-tu pour « apporter » avec toi ton cadre professionnel en effectuant les consultations dans l’intimité même de tes patients ?

Lorsque le psychologue se déplace au domicile, il va à la rencontre d’une personne, d’un peut-être futur patient. Il se trouve alors chez cette personne, à son domicile. Ce qui n’est pas habituel.

C’est un lieu qui est intime et très souvent riche d’informations auxquelles nous n’aurions pas accès dans le cadre d’un bureau à l’extérieur ne serait-ce que par les informations que notre regard nous permet d’obtenir dans un premier temps et riche d’échanges pour le soutien ou travail clinique car c’est un lieu plus rassurant pour le patient.

Parfois des proches sont présents également ou peuvent passer et repasser durant la séance.

Ce n’est pas le cadre dit conventionnel pour le psychologue pour soutenir le travail d’écoute, d’échange et de confidentialité que l’on souhaite apporter à la personne.

Cela demande des capacités d’adaptation, de trouver la juste distance entre la réalité du domicile du patient et le sens donné à la présence du psychologue afin que le soutien au patient ou la thérapie puisse se mettre en place.

L’intervention à domicile comme à l’extérieur est à la suite d’une demande et l’analyse dans un premier temps de cette demande a bien évidemment toute son importance à savoir : pourquoi cette demande d’intervention à domicile ? Quelle est la demande ?  Cette demande bénéficie à qui et qui est en souffrance ?

L’adhésion et la demande du patient à cette venue à domicile du psychologue est importante pour le travail qui sera amené à être fait mais aussi également, afin de valider et de donner une légitimité à cette intervention.

Il est souhaitable que le cadre soit défini en amont dès le premier entretien téléphonique à savoir pouvoir être si possible dans un endroit calme, sans trop de visites. Lors des premières rencontres, le prix, la durée des séances, si plusieurs séances sont nécessaires, leur régularité sont alors définies.

Dans mon expérience, un travail ou soutien sur un temps plus ou moins long, a permis à plusieurs personnes par la suite de sortir et de se rendre dans un cabinet ou bureau en consultation extérieure.