L’équipe Geo-Psy a demandé à Sophie Jabot, psychologue du réseau, de répondre à nos questions sur la gestion du stress au travail :

 

  1. Sophie, comment se manifeste généralement le stress vécu au travail chez les individus ? Y’a-t-il un bon et un mauvais stress dans le cadre du boulot ?

Naturellement, le stress n’est ni bon ni mauvais. C’est juste un élément qui se manifeste et qui va être ressenti par l’individu. En fonction du vécu, du « monde intérieur » de chacun, il va être perçu comme toxique ou motivant. Il n’y a ni bon ni mauvais stress, il y a le facteur stress et chacun a son propre ressenti vis à vis de celui-ci. Pour certains, une remarque de son N+1 sera de l’ordre du challenge, pour d’autres ce sera une phrase frustrante et provoquant de l’inhibition et pour une troisième catégorie, elle n’aura même pas été entendue.

Les réponses classiques sont de trois ordres : la fuite, l’attaque, se figer.

Le stress, qu’il soit au travail ou dans d’autres configurations se manifestent de différentes manières. Dans tous les cas les alertes physiques et physiologiques sont précurseurs. Lorsqu’il devient pesant (stress aigu ou chronique), de multiples symptômes apparaissent : Fatigue, sommeil perturbé, blocages du dos ou douleurs à l’estomac, troubles musculo-squelettiques, maux de têtes, manifestations dermatologiques, maladies à répétitions (le stress fait baisser les défenses immunitaires), douleurs abdo, toutes les parties du corps peuvent être atteintes…

Si les stresseurs perdurent, s’ajoutent les manifestations psychologiques : ruminations, troubles de l’humeur, émotions exacerbées, crises d’angoisses, anxiété, peurs, phobies, mal-être, reviviscence de scènes traumatiques, pathologies psychiques, idées noires….

En découlent des difficultés de concentration, des erreurs dans le travail, un ralentissement ou une agitation dans l’exercice de ses activités, un repli sur soi-même, une dévalorisation de ses compétences, un travail qualitatif de moins bonne qualité alors que le temps passé au travail pourra être supérieur.

 

  1. Face à ces situations, sommes-nous égaux ? Pouvons-nos mettre en place des actions ou des stratégies pour nous protéger des effets néfastes du stress au travail ?

Tout comme la santé ou nos seuils de limites à supporter la douleur physique, nous ne sommes pas égaux face au stress. Notre capacité à y répondre dépend de multiples facteurs personnels et environnementaux. Tout dépend de notre stock de ressources et de la quantité, intensité de stress qui contrebalance. Cependant, nous avons tous la possibilité de mettre en place des stratégies pour contrecarrer les effets que nous considérons toxiques face au stress au travail. Ainsi, connaître nos ressources personnelles et notre stock de bonus environnementaux (famille,amis, collègues, supérieurs) permet de faire un état des lieux (check list) de nos possibilités.

Nous avons tous des routines de vie et des stratégies d’adaptations privilégiées.Il s’avère que l’humain aime bien s’économiser et pour des raisons pratiques et de simplicité, nous allons reproduire voire dupliquer une solution et ce, quelle que soit la situation rencontrée (même si avec un peu de réflexion, cette solution n’est pas optimale, elle reste à nos yeux économique car bien rodée dans nos habitudes). Nous pouvons donc, bien entendu mettre des stratégies de lutte contre le stress, à condition que ces dernières soient efficaces et que le remède ne soit pas pire que le mal. Les individus déploient parfois beaucoup d’énergie à s’en sortir mais faute de stratégies adaptées, ils continuent de s’épuiser, d’où l’intérêt d’identifier comment on fonctionne.

 

  1. Dans le cas du stress au travail : devrions-nous concentrer nos énergies sur les  »ways of coping » centrées sur le problème, ou sur les émotions ?

Empiriquement, les deux voies royales de « ways of coping » sont la stratégie centrée sur le problème (une situation-problème apparaît et je traite le factuel pour aller à la solution) et la stratégie centrée sur les émotions (une situation-problème apparaît et je régule d’abord les émotions qui y sont associées).

Premièrement, cela induit qu’on ait identifié comment on fonctionne… Des tests existent dont la WCC de Lazarus et Folkman permettent d’identifier notre stratégie privilégiée. Mais, il est possible que nous soyons suffisamment souples pour alterner les stratégies et n’oublions pas l’importance (voir l’influence) de l’environnement et du soutien social. Secundo, ces outils sont des supports intéressant à travailler afin d’approfondir notre connaissance sur nous-même et en situation de travail et il est important de les connaître et de les utiliser.

Si ces tests donnent un aperçu, il faut bien comprendre qu’ils ne sont valables qu’à l’instant t et dans le cadre de passation du test. S’y accrocher pour répondre à toutes problématiques, c’est comme vouloir utiliser une bouée de sauvetage y compris au sommet de l’Himalaya…La meilleure des préventions pour lutter contre le stress au travail est de se positionner le plus en amont possible afin d’anticiper et de circonscrire les principaux stresseurs. Il ne faut plus se lancer dans des batteries de questionnaires, tests ou autres démarches de qualité au travail juste pour le decorum mais faire que le travail lui-même (organisation, répartition des tâches, rémunération, recrutement, RH, ligne managériale,) soit qualitatif, à l’écoute et avec des process régulièrement revus. Revenir aux fondamentaux d’une entreprise (des boss qui dirigent, du sens au travail, de l’équité, une rémunération en cohérence avec son activité, respect, politesse,!), c’est déjà de la qualité de vie au travail et donc une limitation des stresseurs qui viennent polluer les compétences de tous les humains constituant une entreprise.

 

*Merci à Sophie Jabot, psychologue !