Vous avez déjà entendu parlé de cette phobie du travail ? Cette peur de chercher et/ou de trouver un emploi, ou encore cette incapacité à rester à votre bureau en réaction à l’anxiété que cela provoque ? Êtes-vous concernés par la problématique ? Nous avons demandé à Nathalie Maréchal, psychologue du réseau Geo-Psy, de répondre à nos questions sur l’ergophobie

 

Nathalie :  Quand on parle d’ergophobie…De quoi parle-t-on ?

Le mot ergophobie se décompose en ergo, du grec « ergon » qui signifie travail, et phobie, du grec « phobos » qui signifie « peur panique ». L’ergophobie est caractérisée par la crainte irrationnelle et exagérée du travail. Cette terreur empêche littéralement les personnes d’aller à leur travail ou les oblige à s’arrêter de travailler en cours de journée pour rentrer chez elles. Les personnes savent que leur peur n’est pas rationnelle et pourtant elles sont incapables d’y faire face. La peur les tétanise, les paralyse, les pousse à la fuite ou à l’évitement. La peur persiste même si la personne change d’employeur ou de métier.

 

Comment se manifeste cette peur de travailler ?

Les symptômes sont divers et individuels et peuvent survenir à tout moment de la journée. Par exemple, le matin au moment du réveil, sous forme de boule au ventre, sur le lieu du travail ou au coucher, par des ruminations. La personne mettra en place toute une stratégie comportementale pour éviter la situation anxiogène. Certaines verront leur fréquence cardiaque augmenter ou elles transpireront excessivement, d’autres auront des nausées, des vertiges, des bouffées de chaleur…Dans les cas extrêmes, ces symptômes peuvent aller jusqu’à une peur de mourir, de perdre le contrôle de soi ou de devenir fou. D’autres troubles tels que le trouble du sommeil et de l’appétit, les attaques de panique, ou l’irritabilité pouvant aller jusqu’à la dépression peuvent accompagner ce cortège de symptômes.

 

Quels sont les origines de cette phobie ?

L’origine est toujours liée à l’histoire singulière de la personne. Une estime de soi faible, un manque de confiance en soi, un événement négatif au travail, des échecs professionnels, une surcharge de travail ou encore des récits et croyances autour du travail entendus dans l’enfance sont des raisons qui pourraient expliquer la survenue de ce trouble.

 

Est-ce que tout le monde est concerné ? Y a -t-il des groupes démographiques plus susceptibles d’être sujets à l’ergophobie, comme par exemple les jeunes diplômés ou les personnes en surcharge de travail ?

Contrairement aux idées reçues, tout le monde peut être concerné par la peur de travailler à un moment ou un autre de sa vie, qu’il s’agisse de jeunes diplômés, d´actifs plus expérimentés, ou de personnes au chômage depuis un certain temps. Le trouble psychologique chez la personne ergophobique se traduit par une anxiété à l’idée de travailler, de chercher un travail ou peut survenir sur le lieu même de travail.

 

Quelles stratégies pouvons-nous mettre en place pour remédier à cette phobie, ou du moins pour la contrôler ?  Est-ce possible de s’en sortir et de retrouver un rapport au travail plus serein ?

Un travail sur soi est nécessaire pour arriver à donner moins d’emprise à cette phobie. Se faire accompagner par un psychologue ou un psychiatre est vivement conseillé. Divers outils thérapeutiques sont à disposition et peuvent aider à faire face cette peur. Pour n’en citer que quelques-uns :

  • La médication

La prise de médicaments est efficace pour agir sur les manifestations de l’anxiété et les attaques de paniques en lien avec l’ergophobie. Néanmoins, un accompagnement thérapeutique sera nécessaire car les médicaments seuls n’aideront pas à comprendre et à dépasser la cause de la phobie.

 

  • La thérapie cognitivo-comportementale (TCC)

Il s’agit d’une thérapie brève qui vise à une désensibilisation de la peur en expérimentant des nouveaux comportements plus adaptés à la situation de stress.

 

  • La psychanalyse pour dépasser la peur du travail

En psychanalyse, la phobie est l’expression d’un conflit caché dans le subconscient qui n’est que la conséquence de l’histoire de l’individu. Le travail consistera à identifier les causes de cette phobie, les facteurs déclencheurs, les stratégies d’évitement mises en place pour inscrire progressivement de nouveaux schémas de pensée.

 

  • Surmonter sa peur par la médecine douce et les thérapies alternatives

L’hypnose est une bonne indication pour tous les comportements anxieux. L’EMDR, Eye Movement Desensitization and Reprocessing, la méditation, la phytothérapie sont d’autres voies pour soulager les phobies.

 

Sources :

https://www.phobie.com/reconnaitre-les-symptomes-de-lergophobie/

https://psychotherapie.ooreka.fr/astuce/voir/634521/l-ergophobie-ou-la-peur-de-travailler

https://www.penser-et-agir.fr/phobie-du-travail/