• Nesrine, en qualité de psychologue clinicienne, tu as fait le choix d’aller à la rencontre de tes patients, peux-tu nous expliquer comment en es-tu venue à effectuer des consultations à domicile ?

J’ai travaillé près de huit ans au sein de l’association  »enquête et médiation ». À ce titre, je réalisais des missions d’expertise judiciaire (enquêtes sociales, enquêtes de personnalité, bilans psychologiques à caractère familial) qui nécessitaient de se déplacer au domicile des personnes concernées par la mesure en vue d’évaluer leur environnement de vie ou capacités d’accueil et d’hébergement. Au fils du temps, je me suis naturellement accoutumée à la spécificité de cette démarche.

Lorsque je me suis installée en libéral, j’ai mis à disposition mes compétences de psychologue clinicienne au service de particuliers par le biais d’une plateforme de mise en lien. Dans ce contexte, j’ai été amenée ponctuellement à me rendre au domicile de patients. Il me tenait à cœur de pouvoir donner accès aux mêmes possibilités de prise en charge à tous.

 

  •  Quelles sont, selon toi, les raisons pour lesquelles les patients en viennent à privilégier un suivi psychologique à domicile. Quelles sont les problématiques que tu rencontres le plus dans ces consultations ?

Certaines personnes se trouvent dans l’impossibilité de se déplacer en cabinet ou en services de consultation public du fait de contraintes particulières ou au regard de leur symptomatologie.

Il se peut que la personne ait à sa charge un enfant en bas âge ou une personne âgée qui nécessiterait un mode de garde pour se libérer une disponibilité. Cela peut demander une organisation logistique et un coût supplémentaire à celui de la consultation.

Il est des cas où la personne est immobilisée ou alitée à son domicile durant une période plus ou moins variable (suite à une fracture, une grossesse pathologique par exemple).

Il est possible d’intervenir au domicile du patient lorsque ses capacités psychiques ne lui permettent pas, au moment de sa demande, d’aller sur l’extérieur (troubles obsessionnels, phobiques, dépressifs). Le patient est isolé chez lui et aller à sa rencontre, permet de l’accompagner au plus près des difficultés dont il souffre.

Il existe des personnes qui ont une réelle demande de suivi qui n’aboutit pourtant pas dans un lieu tel qu’un cabinet de consultation ou un centre médico-psychologique.  La représentation de ces lieux peut être associée pour certains à la maladie mentale. Pour d’autres, faire la démarche dans ces lieux de soin ne leur permet pas la préservation de leur anonymat.

Du fait du caractère particulièrement invalidant de certains problèmes, il m’apparaît essentiel de faciliter la prise en soin du sujet en se mobilisant en tant que thérapeute, non pas seulement psychiquement mais également physiquement.

 

  • Comment procèdes-tu pour « apporter » avec toi ton cadre professionnel en effectuant les consultations dans l’intimité même de tes patients ?

En raison de la proximité qui pourrait résulter du caractère singulier du lieu de la rencontre, il est souhaitable de garder une posture à la fois distanciée et neutre, essentielle au bon déroulé du suivi.

En cabinet, nous maîtrisons davantage notre environnement, nous avons nos repères. Être reçu au  domicile du patient induit en conséquence une adaptation de notre part à son environnement de vie et la façon dont il y évolue. Cela peut nous apporter également de précieux éléments cliniques auxquels nous n’aurions pas eu nécessairement accès dans un contexte de consultation en cabinet.

Nous intervenons généralement dans un environnement de vie commun à toutes les personnes qui partagent le domicile du patient.  Il convient de travailler avec ce dernier pour l’aider à trouver l’espace d’écoute et d’échange qui lui appartient dans cet environnement qui est en même temps, le sien et celui de ses proches. Nous sommes garants de cet espace tout au long de la consultation, en le préservant au possible des probables intrusions externes qui pourraient le mettre à mal.

Pour conclure sur cette question, je dirai assurer le cadre contenant, indispensable à notre champ d’action (ce qui s’avère être une tâche plus délicate au regard de ce contexte précis) auprès d’un patient qui nous ouvre les portes de sa psyché et de son chez lui.

 

Mme DERRADJI-LECOCQ, psychologue clinicienne

 

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